La force de la douceur

Projet Casa – 2022

Maude Arsenault
Hannah Claus

La force de la douceur est une ode à la résilience, comme un matrimoine invisible et puissant qui nous habite. 

À travers les pièces de cette maison qu’est la Casa Bianca, on découvre une myriade d’œuvres délicates et réconfortantes en apparences, mais qui hurlent au fond d’elles un message puissant. C’est ainsi que l’exposition aborde de front la dichotomie entre les notions de force et de douceur qui sont trop souvent mal comprises et interchangées : dans l’imaginaire collectif, on associe la force au pouvoir et la douceur à la faiblesse. La force de la douceur évoque plutôt le fait que l’opposition entre ces deux termes est erronée puisque selon nous, la véritable force émane essentiellement de la douceur elle-même. Au contraire de ce qui peut être entendu dans le langage commun, la notion de force n’est en rien un synonyme de pouvoir ou de violence, ces idées découlant souvent de l’expression de la faiblesse ou de la fragilité de l’égo. 

La force de la douceur invite également à réfléchir au labeur ancestral des femmes à la maison, à la charge mentale et au travail gratuit que produisent ces mères alors que leurs conjoints performent et s’enrichissent dans leur vie professionnelle. 

Les rapports de force sont des éléments omniprésents dans les œuvres de Maude Arsenault et d’Hannah Claus qui interprètent et intègrent ces enjeux en fonction de leurs bagages respectifs. Par exemple, les œuvres de Claus réalisées selon des méthodes traditionnelles autochtones telles que la broderie et le perlage amènent à réfléchir au fait qu’avant la colonisation, les femmes autochtones étaient respectées et admirées. Toutefois, au cours du génocide entam  é par les colons, la valeur de la vie d’une femme était moindre que celle d’un chien 2. Au centre de la couverture de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Hannah Claus a brodé un symbole iconographique d’une école autochtone évoquant ainsi les horreurs qu’y ont subi les enfants amenés de force ainsi que les impacts que celles-ci ont eus sur leurs communautés. En plus de rappeler les infanticides commis dans ces pensionnats, on souligne ainsi qu’en arrachant les enfants autochtones en très bas âge à leur mère, on les coupait volontairement de la transmission de leur culture et de leur langue. 

Menant à une installation sonore qui nous submerge dans les réflexions incessantes liées à la quotidienneté, on découvre l’œuvre majestueuse Rideau rose (2019) de Maude Arsenault. Rappelant des rideaux de théâtre, cette œuvre évoque le fait que nous jouons tous.tes, dans une certaine mesure, un rôle dans l’espace social. Nos perceptions des Autres ne sont que partielles et nous n’en savons que bien peu sur ce qui se passe réellement en coulisse; c’est en effet qu’au creux de l’intime, derrière les rideaux tirés, que surgissent la violence, la solitude, la détresse. 

Les pièces de la Casa sont scindées de part et d’autre de la maison par un corridor central; un passage, un lieu de prise de direction, de décisions. Ce dernier symbolise le moment de la réappropriation de la parole et de notre pouvoir. Si les pièces de la maison sont genrées, comme l’évoque Maude Arsenault dans sa pièce Gender and Spaces (2021),  il est sans doute à nous tous.tes de se bâtir une chambre à soi (3), un safespace. Parce que personne ne le fera pour nous. Personne, sinon nous-mêmes, ne nous octroiera la permission de se pardonner le passé, de changer les choses et d’avancer. 

Allez. On y va. On sort. On s’en sort. 

Mylène Lachance-Paquin, commissaire